Poètes et poétesses

Anna de Noailles

Fille d'un prince roumain et d'une Grecque, Anna de Noailles (1876-1933) fut la première femme commandeur de la Légion d'honneur.

Poétesse française de la Belle Époque, la plus lue et la plus décorée de son temps, tenancière d'un des derniers grands salons littéraires de Paris.

Elle naît à Paris le 15 novembre 1876, fille du prince Grégoire Bibesco Bassaraba de Brancovan, Roumain, et de Rachel Musurus, Grecque et pianiste que Paderewski admirait. L'enfance se passe entre Paris, la Savoie et Constantinople ; le français est sa langue, mais elle écrira toute sa vie en étrangère de quelque part, et c'est ce qui donne à ses paysages leur chaleur inhabituelle. À vingt ans elle épouse le comte Mathieu de Noailles.

Le cœur innombrable, en 1901, la rend célèbre du jour au lendemain. Le livre chante la nature, le désir et la peur de mourir avec une avidité sensuelle qui détonne dans une poésie française encore symboliste, et son succès est immense. Suivent L'Ombre des jours, Les Éblouissements, Les Vivants et les Morts, Les Forces éternelles, Poème de l'amour, L'Honneur de souffrir — une quinzaine de volumes en trente ans, plus trois romans.

Son salon de l'avenue Hoche réunit Proust, qui lui écrit des lettres d'admirateur, Cocteau, Colette, Barrès, Gide, Rostand. Elle inspire des portraits à Vuillard et à Zuloaga, un buste à Rodin. Sa conversation, disent tous ceux qui l'ont entendue, valait ses vers.

Les honneurs viennent tôt et en nombre. Grand Prix de littérature de l'Académie française en 1921 ; première femme reçue à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 1922 ; première femme commandeur de la Légion d'honneur en 1931. L'Académie française, elle, ne recevra pas de femme avant 1980.

Elle meurt à Paris le 30 avril 1933, à cinquante-six ans, et repose au Père-Lachaise. Sa gloire s'effondre presque aussitôt, comme il arrive aux réputations trop unanimes ; la lecture reprend depuis quelques décennies. Petit Poème réunit 52 de ses poèmes, du Cœur innombrable de 1901 et de Poème de l'amour de 1924. Les huit autres recueils restent à ajouter.