Le souffle

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Tu ne respires plus, le vent Ne pénètre jamais la pierre Qui ferme sa dure paupière Sur ton être fixe et rêvant ; Et je vois la nue infinie Qui t’a refusé l’humble part Que ton souffle anxieux, hagard, Implorait, dans ton agonie. Comment est ce refus soudain De l’espace à la créature ? Quel est ce moment, ô Nature, Où l’homme meurt de ton dédain ? J’ai, par-dessus tous les mystères, Béni la respiration, Cette sublime passion Qui soulève toute la terre ! Et je contemple l’air mouvant : — Ô force ineffable du vent, C’est surtout par toi que diffèrent Les tombeaux d’avec l’atmosphère, Et les morts d’avec les vivants !