Amitié pour la mort

Anna de Noailles

Derniers vers (Anna de Noailles) — 1933

Amitié pour la mort, voyage sans encombre Vers l’asile indulgent qui garde les fuyards ! Paisible lâcheté sans reproche, dans l’ombre, Loin d’un constant décor d’azur ou de brouillards ! Glissement vers le sol qu’on pressent et qu’on frôle Par les tâtonnements du sommeil épié : Vertige mol et rond dormant sur notre épaule, Chaîne silencieuse enroulée à nos pieds ! — Je ne reverrai pas les yeux qui m’ont aimée, La gaîté de la chair, le rire de l’esprit ! Ma peine rôde autour de la porte fermée, Je sais ce que mon cœur n’a pourtant pas compris ! Mais lorsque le doux soir, comme une récompense, Termine la journée aride et sans espoir, Ô morts qui me semblez la vie et l’abondance, Je songe qu’en mourant je saurais vous revoir, — Car l’esprit peut rêver autrement qu’il ne pense !