Nous t’avons bien redouté

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

Nous t’avons bien redouté, Bien haï, bien rejeté, D’un cœur résistant et sûr, Par suave excès d’azur, Par excès de volupté, Néant sans maux ni défauts ; Mais nous voici bien en peine Si tu nous rends notre haine. — Vieille Mort avec ta faux Viens moissonner les soupirs De nos esprits sans plaisir… — Plaignons les heureux, il faut Qu’ils apprennent à mourir !