Quand on s’est emparé par amour, par puissance

Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir — 1927

Quand on s’est emparé par amour, par puissance, De l’espace imprégné de couleurs et d’essences ; Quand on a tout compris et deviné, si bien Que, sauf un mal nouveau, l’on n’apprendra plus rien ; Quand le rêve exigeant et le regard sans voiles Semblent avoir pressé jusqu’au suc des étoiles ; Quand on fut cet humain surprenant, dont le sort Forçait la chance avare et repoussait la mort, Il est bon que l’esprit qui parfuma le monde Et qui vanta les jours aux bondissants ressorts S’indigne du destin déloyal et retors, Et frappe l’infini des pierres de sa fronde…