Je voyais, aussi nettement

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

Je voyais, aussi nettement Qu’on voit la rose en fraîche toile, S’épanouir au firmament La pulpe altière des étoiles. Je rêvais. Par les jours trop chauds, Quand l’heure du soir songe et stagne, Une rue, un mur blanc de chaux, Me restituaient les Espagnes. Auprès d’un verger de Passy, Quand la nuit met sa molle roche Sur tout l’espace dessaisi, J’entendais, au lointain, des cloches Éparpiller leur lent souci… L’univers logeait dans mon cœur, Lorsque tu vins comme un voleur…