Que crains-tu de quitter

Anna de Noailles

Derniers vers (Anna de Noailles) — 1933

Que crains-tu de quitter, moribonde enfantine ? Le temps n’aurait pas su changer ton pas dansant, Et l’étrange vigueur incluse dans ton sang Eût fait sonner en toi d’éternelles matines. Se peut-il que tu sois fidèle à l’univers ? D’où te viendrait cette humble et coupable constance ? Ton souffle est emmêlé aux fastes bleus et verts D’un monde qu’étonnait ta sage turbulence. Ferme tes larges yeux naïfs et renseignés ; Sois solitaire enfin comme les nobles îles, Étends paisiblement tes mains d’aspect fragile, Mais par qui le destin se sentait empoigné Et renversait vers toi son front aux fortes franges ; Et laisse à ce dur sol où souffrent quelques anges Qui maintiendront le feu dont s’embrasait ton cœur, Son trop peu de désir et son trop peu d’honneur !