En ces jours déchirants

Anna de Noailles

Les Vivants et les Morts — 1913

En ces jours déchirants où le Destin me brave Et lentement me vainc, Seigneur, soutenez-moi, Jusqu’au mystique instant que mon cœur entrevoit, Où je confesserai que la douleur est suave ; Déjà son huile sainte a pénétré mes os ; Je renonce à vouloir, à désirer, à vivre ; Quand l’instinct est rompu, les âmes volent haut… Douleur, c’est votre poids sacré qui me délivre ; C’est par votre grandeur qu’on atteint au repos…