Paysage du Hainaut

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

Le soleil crible la nature, Mais aucun de ses brusques doigts Ne perce la verte toiture… L’été passe au-dessus des bois. Sous les feuilles de la pervenche Et des fraisiers aux vifs arceaux La brise, jeune, fraîche, blanche Circule comme un gai ruisseau. Un océan d’air qui voyage Penche tout à coup la forêt Qui, faisant un bruit de tangage, Délivre son parfum secret. Toujours foulée ou dérangée, La limace d’un sentier mol Luit comme une tuile orangée, Comme un coin de sol espagnol ; Un sapin lourd de sombre gloire A ses branchages occupés Par la soyeuse balançoire De l’araignée aux bras crispés. Sur la montée et la descente Du résineux et brun coteau Où court la brise éblouissante, Quel parfum de goudron et d’eau ! – Et je vois, sous les vertes voûtes, Flamber le rougeâtre écureuil, Tandis que tombent goûte à goutte Les graines rondes du tilleul…