Interrogation (Ô monde, mon regard où l’âme se condense)

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Ô monde, mon regard où l’âme se condense, Attache sur vos cieux, azurés ou nocturnes, Cette immense prière ailée et taciturne À qui vous ne rendez jamais que le silence. Qu’importe ! Ai-je besoin, pour goûter l’avenir, Que le sublime chant des astres argentés Me livre le secret des vastes vérités ? Je sais que tout sera, que rien ne peut finir. Et je sens que l’espace avec mansuétude Accueille mon regard que l’étendue obsède. Ô monde, dont jamais mon cœur n’a l’habitude, C’est par l’étonnement que l’homme vous possède !