Nous avons attendu…

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Nous avons attendu longtemps ce jour paisible, Enflammé, trop heureux, où, seuls et clandestins, Sans avoir à parler, tant l’esprit est visible. Nous sentions se mêler nos chaleureux destins. — Mais, cessant de nous taire et cherchant à comprendre L’ineffable plaisir d’un sort brûlant et tendre, Nous fûmes submergés d’un étrange malheur. Pourtant, parfois la joie et la source du rire Comme au flanc d’un coteau court autour de mon cœur Hélas ! la passion cherche-t-elle à se nuire, Ne s’agit-il donc pas de goûter le bonheur Ensemble, mais de le détruire ?