Azur (L’azur, compact et dur, abonde)

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

L’azur, compact et dur, abonde Et s’accumule avec furie : Il semble bâti sur le monde, — Ô sublime maçonnerie ! — Sous cette accablante chaleur Tout l’univers ploie et suffoque Comme un cœur sous un autre cœur. L’azur est brillant de lueurs Qui s’aiguisent et s’entrechoquent. Le subit arome des fleurs S’élançant avec hardiesse. Donne, autant que font les caresses, L’ample surprise du bonheur. Soudain, dans l’éther qui me noie, Un parfum plus puissant surgit : Il pénètre en moi et s’éploie, Et mon cœur s’enfle et s’élargit Pour le passage de la joie !…