Je voudrais bien qu’on départage

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

Je voudrais bien qu’on départage Le double vœu qui me combat : — Je souhaite ne vivre pas, Mais je veux revoir ton visage ! Certes, la mort est le seul lieu Qui convienne à ce corps trop triste, Mais il faut encor que j’existe : Je ne peux pas quitter tes yeux ! L’espace, le ciel, la nature Me plaisent moins que le tombeau ; Je n’aime plus nulle aventure, Mais savoir que tu vis est beau ! Savoir que tu vis, être sûre D’être seule à le savoir tant ! Dois-je te faire la blessure De te rendre moins existant ? Qui veux-tu qui jamais respire Ton être avec tant de grandeur ? — Et songe que tu me fais peur, À moi, la meilleure et la pire !…