Tu m’aimais moins…

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Tu m’aimais moins quand tu m’ainiais Qu’un jour où tu me fus féroce ; Puisqu’on n’est rassuré jamais, Qu’il soit béni ce jour atroce Où, violent, injuste et sourd, Vibrant de meurtrière envie, Tu disais dédaigner ma vie Et la haïr sans mon amour. — Quel excès pourrait mieux me plaire, Parmi tous les désirs humains, Que ces yeux glacés de colère, Et ce crime au fond de ta main ?