Été

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

Vents bleus ! sourires de l’espace ! Au fond des cieux polis et durs L’azur, l’azur poursuit l’azur, Un flot léger sur l’autre passe… Ah ! quelle suave stupeur ! Chaleur éclatante, sonore. – Entends-tu, dans la grande aurore, Ce bruissement du bonheur ? Quel brûlant orgueil me soulève ! L’univers, le sublime été, Ont-ils dormi dans mon côté Comme Adam portait le corps d’Ève ? Azur divin ! Jour créateur ! Ô Jupiter, ton aile insigne S’ébat près de moi, mon beau cygne Un monde coule de mon cœur…