L’Amour

Anna de Noailles

Le Cœur innombrable — 1901

Amour, qui dès l’aube du temps Flottais sur la terre et les eaux : Toi qui, dans l’arbre et dans l’étang, Meus les poissons et les oiseaux. Toi qui dans la forêt mouvante Troubles la sève sous l’écorce, Et joins, aux heures violentes, La soumission et la force. Au delà du bien et du mal Mènes les cœurs phosphorescents, Amour au regard d’animal, Ô dieu des âmes et du sang…