Siroco à Venise

Anna de Noailles

Les Vivants et les Morts — 1913

Le siroco, brusque, hardi, Sur la ville en pierre frissonne ; C’est la fin de l’après-midi ; Écoute les cloches qui sonnent À Saint-Agnès, au Gesuati… L’ouragan arrache la toile D’un marché, où, des paniers ronds, Débordent de brillants citrons Que polit encor la rafale. Un oiseau chante au haut du cyprès d’un couvent ; Et dans le courant d’air des ruelles marines, Un abbé vénitien, étourdi, gai, mouvant, Qui retient son manteau, volant sur sa poitrine, Semble un charmant Satan flagellé par le vent !