Le soleil abaissé du soir

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

Le soleil abaissé du soir, Jaune et luisante renoncule, Semble glisser, au crépuscule, De quelque pomme d’arrosoir. Il semble se mêler au sable, Aux stores de paille, au gazon, Au vitrage de la maison Dans une ardeur inextricable. L’air est fumant, sourd, fructueux ; L’affolement joyeux des mouches Enflamme les suaves bouches Des narcisses voluptueux. Le frelon noir, plein de lumière De cils, de soie et de velours, Tombe d’un balancement lourd Au cœur de la rose trémière. Et la guêpe semble vouloir Faire une couture dorée A la molle étoffe azurée Du chaud, du clair, du tendre soir…