Glauque matin, chaos d’azur

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

Glauque matin, chaos d’azur Opaque et dense comme un mur ! L’écumeux et mol paysage Comme une armée au bleu visage, Comme l’élancement des flots, Comme des chevaux au galop, Bondit sur mon regard qu’enivre Cet effort du jour qui veut vivre ! Je revois le jeune Univers ; Jouir autant qu’on a souffert ! Quelle ivresse en moi se déploie, Ce sont mille écharpes de joie ! Ô tendre espace, ô fraîche odeur, Clarté laiteuse du bonheur, Vague d’azur, d’azur suivie... Que je vous aime, douce Vie !