Le sommeil

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Je ne puis sans souffrir voir un humain visage Clore les yeux, dormir, et respirer si bas : Un mystère m’étreint, j’ai peur, je ne sais pas Pourquoi soudain cet être est devenu si sage, Sans défense, lointain, hors de tous les débats… — Ne ferme pas les yeux ! Se peut-il que je voie, Ô mon unique enfant, ton clair et jeune corps Tout plein de vive humeur, de bourrasque, de joie, De colère, de feu, de raison et de torts, Emprunter tout à coup, dans la paix qui te noie, L’humble faiblesse, hélas ! et la bonté des morts !