Tu dis que tu consens…

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Tu dis que tu consens à mourir, comme si La distraite nature attendait de ta bouche Un aveu fait pour plaire à quelque amant transi Qui verrait s’avancer sûrement vers sa couche Le corps astucieux qui fut son long souci ! Pauvre esclave des lois formelles et secrètes, Te crois-tu donc acquise à ton propre vouloir ? Qu’importe au dur destin que tu te dises prête, Ou que, te rétractant, tu souhaites surseoir ! Tu te crois préservée, étant le feu toi-même, De l’énorme brasier où tout est calciné ; Tu n’imagines pas qu’un jour, rigide et blême. Ton corps, par le repos, puisse être dominé. Oui, l’ivresse est divine, et tu te connais ivre De désir, de raison, de force et de douleur ; Tu l’as dit par ta voix, tu l’as dit dans tes livres ; Mais cesse de gémir et de vanter ton cœur, Nul juge ne sera touché de tant d’ardeur ; Bacchante, il faudra bien que tu cesses de vivre !