Ce n’est pas toujours vous qui me portez secours

Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir — 1927

Ce n’est pas toujours vous qui me portez secours Dans les combats mortels où le sort me situe, Archanges enroulés de sublimes atours, Poètes, moins pareils aux hommes qu’aux statues ! Le malheur est penché, vos chants ambitieux Délaissent le chagrin songeur et solitaire, Vous méprisez le sol, vous affirmez les cieux. — Montaigne exact et dru, compatissant Voltaire, Gaieté toujours courant sous le savoir amer, Torrents de la raison, lieux de la connaissance, Cœurs empêchés d’erreurs, docte et suave aisance, C’est votre vérité qui plaît à mon désert ! Je ne veux plus goûter le musical mensonge De ces grands enchanteurs que leur démon distrait, Le malheur se dissout lorsque le chant l’allonge. Mais vous, clairs promeneurs dans la forêt du vrai, Vous me parlez le soir, à cette heure sincère Où l’esprit peut trouver une paix sans bonheur, Et notre amitié triste et sûre se resserre Jusqu’à ce que mon front pose sur votre cœur…