Poésie des soirs

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Le soir, saison quotidienne, Recouvre de son clair argent L’azur, et reste là, songeant, Jusqu’à ce que la nuit survienne. — Le soir a le calme des lacs ; La molle brise est un hamac Où, satisfaite, se balance La tranquille odeur du silence. — Soudain, cris d’adieux, cris d’amour. D’oiseaux qui virent et chancellent : Tragique essaim ! Que quittent-elles À la rêveuse fin du jour Ces sanglotantes hirondelles ? Et voici la nuit peu à peu ; Les blancs pétunias sirupeux Agglutinent le clair de lune. Les brises viennent une à une Et déversent leurs légers flots Dans ma fenêtre sombre et vague : Ainsi, aux abords d’un vaisseau, L’épaule froide ot bleue des vagues Se hausse contre le hublot. Mais bientôt plus rien ne s’agite. Tout est rentré dans le repos Et semble avoir rejoint son gîte. Je regarde l’immensité… — Turbulence des cieux d’été, Emportement des astres, course Des mondes, tranquille aspect De ces fortes, célestes sources, Comme vous répandez la paix Sur la terre où songent les hommes ! L’espace est naïf, économe, Avec son clair argent qui luit Fixement. Le divin problème Est stable et doux. Est stable et doux. Que je vous aime, Ô sombre jeunesse des nuits !