Pluie tiède

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

L’été contre mon cœur s’appuie Et je défaille de désir, De désir ou de nostalgie ; On ne sait comment définir Cette heureuse et triste magie. — La languissante et chaude pluie Est comme un amoureux chagrin ; Ce n’est pas ce gai tambourin Du printemps qui gicle et ruisselle, Ce dur ressort de sauterelle Frappant le sol ; ce jet aigu De légers astres exigus, Ce sont les larmes de l’espace, Du mol espace que harasse, À la fin des jours chauds d’été, L’insoutenable volupté…