Le ciel est d’un bleu…

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Le ciel est d’un bleu qui jubile, Un oiseau que je ne puis voir Chante, le beau jour immobile Proclame un véhément espoir. Espoir de quoi ? Le temps, en somme, D’aimer n’est pas indéfini ; Alors, qu’importe au cœur des hommes Ce ciel heureux, ce bleu béni ? Comment ! J’entendrais dans la rue, Dans l’air, aux volets des maisons Fourmiller la tendre saison Sans qu’elle soit pour moi venue ? Sans qu’elle me promette tout, L’amour seulement, c’est-à-dire, Mais l’amour par qui l’on respire Et sans qui rien n’a plus de goût. L’amour plus sûr que la science Qui rêve et qui découvre enfin, L’amour plus fiévreux que la faim, Plus rusé que la patience. L’amour hardi comme un vaisseau Où, sur les flots que le vent mêle, L’odeur du goudron bat des ailes Et fustige les matelots ! — Amour, tâche pure et certaine, Acte joyeux et sans remords, Le seul combat contre la mort, La seule arme proche et lointaine Dont dispose, en sa pauvreté, L’être hanté d’éternité !