Confession

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Je t’aime comme on aime vivre, À mon insu, et cependant Avec ce sens craintif, prudent, Qu’ont surtout les cœurs les plus ivres ! J’ai douté de toi, mon amour. Quelle que soit ta frénésie. Puisqu’il faut qu’il existe un jour Au loin, où, ni la poésie, Ni les larmes, ni la fureur, Ni cette vaillance guerrière Qui criait au Destin : « Arrière ! » N’agiront contre ce qui meurt. Jamais je ne fus vraiment sûre De te voir, quand je te voyais : Ce grand doute sur ce qui est C’est la plus fervente blessure ! Tu sais, on ne peut exprimer Ces instinctives épouvantes : J’ai peur de n’être pas vivante Dès que tu cesses de m’aimer !…