Éclosion

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Amère odeur des primevères, Arôme inquiet, ingénu, Posé sur le sol triste et nu Du pauvre printemps qui s’avère, Je sais votre effluve inconnu. Votre odeur de froid et de terre. Ce parfum timide, frileux, Puisé dans l’abîme argileux Où tout commence, où tout s’achève… — Et voici qu’un subit oiseau Jette une note étrange et brève. L’espace est encor baigné d’eau. Le ciel est gris. Pourtant le rêve Que rapporte chaque printemps Vient de naître en ce simple instant Où la faible fleur, qui décide. Avec son arôme ténu. Que le bonheur est revenu, A, dans le soir humide, acide, Perçu le cri neuf, entêté, D’un humble oiseau ressuscité…