Sauf toi, tous les humains regards

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

Sauf toi, tous les humains regards Peuvent s’assurer de ma peine ; Loin de toi, je gis, l’œil hagard, Sans voix, et respirant à peine. Que fais-tu, toi qui n’es aimé Que de moi seule avec extase ? Saurai-je desceller le vase De ton beau sourire fermé ? Se peut-il qu’il soit admissible Quand tout dans l’amour est possible Que je périsse de désir ? — Bel être qu’on ne peut saisir, Âme ferme, calme, têtue, Confiante en des lendemains, Lorsque, moi, chaque heure me tue, Pourquoi ne pas tendre ta main À ma main qui, rien qu’en touchant Ton poignet nonchalant et triste, M’indiquerait pourquoi j’existe, Et me restituerait mon chant !…