Matin lyrique

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

Ô fraîche et vive promenade ! L’azur est parfumé de thym ; J’écoute dans l’air, ce matin, Monter un chant de l’Iliade ! – Déesse qui prends par la main Les guerriers aux belles chlamydes, Soutiens aussi mes pas timides Qui tremblent sur le vert chemin. Déjà tu t’éveilles, tu bouges ; Ah ! donne-moi le plus joyeux De tes héros impétueux, Le Péléide aux lèvres rouges ! Fais bondir vers mon clair regard, Par la route jaune et salée Qui longe la vague gonflée, Un jeune conducteur de char, Luisant de soleil, de buée, N’ayant que les dieux pour rivaux, Et pressant de cris ses chevaux Amassés comme des nuées !…