Automne

Anna de Noailles

Les Vivants et les Morts — 1913

Puisque le souvenir du noble été s’endort, Automne, par quel âpre et lumineux effort, — Déjà toute fanée, abattue et moisie, — Jetez-vous ce brûlant accent de poésie ? Votre feuillage est las, meurtri, presque envolé. C’est fini, la beauté des vignes et du blé ; Le doux corps des étés en vous se décompose ; Mais vous donnez ce soir une suprême rose. — Ah ! comme l’ample éclat de ce dernier beau jour Soudain réveille en moi le plus poignant amour ! Comme l’âme est par vous blessée et parfumée, Triste Automne, couleur de nèfle et de fumée !…