Chaque jour j’entends qu’en silence

Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir — 1927

Chaque jour j’entends qu’en silence Se détache insensiblement De mon être quelque élément Dont se composait ma puissance. Chaque heure dérobe à mon sort Un peu du radieux mystère Que mon orgueil n’a pas su taire, Et qui fit mon nombreux essor ! Je sens, à toutes les minutes, S’élancer de mon cœur secret L’agile joueuse de flûte Dont le mouvement t’enivrait, Et, tandis que sur l’humble rive Je semble retenue encor, Je cours, frustrant les cœurs qui vivent, Vers l’allégresse de la mort !