Si le clair de lune…

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Si le clair de lune chantait, Si l’eau parlait dans la fontaine, Si quelque étoile consentait À répondre au bruit des antennes, Si le crissement langoureux Des insectes dans les calices Confiait à l’air vaporeux Son mélancolique délice, Si les arômes qui, le soir, Gonflent la brise consentante, Disaient leur ennui, leur espoir, Et leur voluptueuse attente, On entendrait une clameur Exploser du sol à la nue, Où tout soupirerait : « Je meurs, Je vis, je suis, je continue… » Amour, fraternité brûlante, Excès d’âme et de charité, Qu’elle soit foudroyante ou lente La grave et noble volupté ! — Quand ses hymnes se seront tues, Quand son tumulte aura cessé. Si mon cœur las et délaissé Bat encor, je veux qu’on me tue. — Je mets sous l’invocation De vos Saintes désordonnées, Ces extases de passion, Mon Dieu ! que vous m’avez données !