Matinée

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

Le clair matin est une masse De coteaux, d’azur, de vapeur, Los oiseaux tombent de l’espace Comme des moments de bonheur. Oh ! le désir d’être soi-même Un frais, .aérien objet Qui goûte la douceur suprême De voir l’aube à son premier jet ! Être la colline gravée Sur la turquoise du ciel pur, Etre la roséeenlevée Par de brusques souffles d’azur ! Ô fraîche joie, ô nette joie, Être le doux chant éperdu De l’oiseau dont le bec s’éploie Comme un pépin noir et fendu. Etre un peu de la mince trame D’argent, de lin, de soie en feu Qui flotte, rayonne, se pâme Aux mille centres du jour bleu ! Etre un petit carré qui luise Au pavage infini du ciel, Etre un mouvement de la brise, Un rayon du soleil en miel. Ô mort ! vraiment, pourrez-vous faire Ayant dissous mon corps content, Que je sois ce que je préfère Un éclat d’azur dans le temps…