Vous que jamais rien ne délie

Anna de Noailles

L’Ombre des jours — 1902

Vous que jamais rien ne délie, Ô ma pauvre âme dans mon corps, Pourrez-vous, ma mélancolie, Ayant bu le vin et la lie, Connaître la bonne folie De l’éternel repos des morts, — Vous si vivace et si profonde, Âme de rêve et de transport, Qui, pareille à la terre ronde Portez tous les désirs du monde, Buveuse de l’air et de l’onde Pourrez-vous entrer dans ce port… Dans le port de calme sagesse, De ténèbres et de sommeil, Où ni l’amour ni la détresse N’étirent la tiède paresse, Et ne font, — mon âme faunesse, Siffler les flèches du soleil…