Azuré, faible, blessé

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

Azuré, faible, blessé Par le couteau de l’automne, L’été se meurt, affaissé Dans l’éther qui l’abandonne. C’est un jour étroit. — Refus D’opulence et de bien-être ! — Mon amour, toi qui ne fus Que tel que tu pouvais être, Sans rien au delà de toi, Sans effort contre toi-même, Sans ce frémissant émoi Dont s’accroît celui qui aime, Ce beau soir intelligent, Aux couleurs nettes et ternes, Ressemble à ton cœur d’argent Qui n’a ni chaleur ni cerne. — C’est un beau morceau pensant D’azur glacial et juste ; Mais pour ce sang bondissant, Pour ce cœur vraiment auguste, Mais pour cet esprit royal Qui, disposant du mystère, Avait dans ton poing frugal Mis le sceptre de la terre, Était-ce vraiment assez, Vraiment la comble mesure De ma bachique blessure, Ce pauvre amour que tu sais ?