Enfin je puis ne plus épier le printemps

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

Enfin je puis ne plus épier le printemps ! Je cesse d’écouter, d’une oreille attentive, Ce frémissant secret qui soulève et ravive, Et dont j’ai vénéré le bruit sourd et montant ! Je puis me reposer de la tâche royale De recueillir avec des sens religieux L’appel de la nature aux trompeuses cymbales, Qui veut relier l’homme à d’inutiles cieux ! L’univers n’a plus rien qu’il m’ôte ou qu’il m’apporte, Mon être est à l’écart de ses jeux décevants, Dans un tombeau sacré je suis comme une morte, Et ma vie est encore en pleurs dans un vivant !