Un arbre est sous mes yeux, épais, brutal, splendide

Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir — 1927

Un arbre est sous mes yeux, épais, brutal, splendide, Sa colonne puissante a pour achèvement Le feuillage d’un vert accumulé, liquide, Sur qui de blanches fleurs s’élèvent mollement. Et je vois rayonner cette insensible force. La Nature a repris dans son distrait amour La racine assoupie et la rugueuse écorce, Cependant que tes yeux où palpitait le jour Sont à jamais défaits dans le terrestre somme, Et n’ont plus que mon vain et pantelant secours ! — La Nature s’épargne, et n’offense que l’homme…