Scintillement

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Le frais printemps est revenu, Sa tiède atmosphère ébahie Répand ce plaisir vif, ténu, Qui semble toujours inconnu. Les bois sont imbibés de pluie ; Les lourds bourgeons gonflés, mouillés, Scintillent d’eau et de lumière. — Ô verte éponge printanière, Tu fais ruisseler sur le cœur La joie humide des odeurs ! Comme des elfes invisibles Tous ces petits parfums contents S’en vont s’insinuant, sautant, Sous les fins herbages flexibles : Frais piétinement clandestin Qui rend la Nature attentive ! Les vents légers ont ce matin Cette odeur d’onde et de lointain Qu’ont les vagues contre les rives. — Divine spontanéité, Jeunesse éternelle du monde, Verte cosse où mûrit l’été, Printemps en qui l’espoir abonde, Ah ! demeurez à peine ouvert, Ne dépliez pas vos feuillages, C’est vous la fierté du jeune âge, Car les étés vont vers l’hiver !…