Pluie en été

Anna de Noailles

L’Ombre des jours — 1902

Ô soir lavé de pluie et balayé de vent, Ô soir et lune ! Une heure se retire et l’autre va devant, Belle chacune ; L’air frais semble allégé de toutes les fadeurs, De ces détresses Qui dans le soir d’été montent de tant de cœurs Qu’un cœur oppresse ; Ces rêves, ces soupirs, dans l’air sentimental Des crépuscules, Comme ils s’étirent, comme ils glissent et font mal, Comme ils circulent ! Mais la belle nuée a dans l’ombre laissé Couler son onde Sur la tiédeur du soir, de trop d’amour blessé, Ô paix profonde ; Quel calme ! le silence et la bonne fraîcheur… L’arbre s’égoutte ; Nul bruit dans les maisons, closes comme des fleurs. Rien sur la route ; Et dans l’air trempé d’eau où plus rien n’est assis De l’âme humaine, Il se lève une odeur de lierre et de persil Qui se promène…