Jaurès au Panthéon

Anna de Noailles

Derniers vers (Anna de Noailles) — 1933

L’homme a besoin d’aimer ! L’homme a besoin d’aimer ! Jean Jaurès, nul écho Ne peut vous parvenir de ce moment auguste Où, par vous habitée, une foule au cœur juste Avec amour vous mêle aux cendres de Hugo ! Les morts ne savent rien du sillage de flamme Qui suit l’évasion de leur souffle oppressé. Ah ! que les morts sont morts ! Mais des millions d’âmes Naissent de cet instant où leur vie a cessé. Comme un groupe stellaire aux cieux tristes des hommes, Un astre au feu nouveau surgit de leur trépas. Leur cœur distribué nous fait ce que nous sommes. — Mort désintéressé, vous ne le saurez pas ! Vous ne le saurez pas, mais votre ample génie À travers ce qu’il fonde et ce qui le déçoit Eut dans son chant lyrique un juste espoir en soi Et le pressentiment de la vie infinie ! Durée, éternité, triomphe, ô vanité ! Rien ne trouble le mort dans sa sombre paresse ; Qu’importe si le pampre âprement récolté Dispense la vigueur et la lucide ivresse ! Le héros, au-dessus des mortels hésitants, Est comme une action secrète et continue, Car, courbés sous leur joug, c’est pourtant de la nue Que les hommes, pensifs, reçoivent tout élan. — Jean Jaurès, quelquefois les destins se concertent Pour qu’un plus noble esprit ait son suprême éclat : Tué, mais immortel, vous ne fûtes plus là, Le jour où l’univers eut les veines ouvertes !…