Les tourments de l’été

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

C’est l’été, je meurs, c’est l’été… Un désir indéfinissable Est sur l’univers arrêté. Ah ! dans les plis légers du sable Le tendre groupe projeté D’un rosier blanc et d’un érable ! Le cœur languit de volupté ; On croit qu’on sourit, mais on pleure. Le désir est illimité… – Ô belle heure d’été, belle heure Brisée en deux par les parfums, Plaintive, ardente, et qui demeure Un arceau de miel rose et brun, Que dois-je faire de l’ivresse Qui m’exalte au delà de moi ? Ô belle heure qui nous caresse Par les fleurs du plus chaud des mois, Entraine mon corps qui défaille Vers quelque douce véranda Que protège un store de paille, Vert comme un nouveau réséda, Que là je trouve un enfant tendre, Un ami triste comme moi, Auprès de qui j’irai m’étendre Et jeter mon divin émoi ; Et les bras mêlés sur la table Où luira le traînant soleil, Dans un sanglot inexplicable Nous aurons un plaisir pareil…