L’Amoureux Été

Anna de Noailles

Le Cœur innombrable — 1901

J’ai ce désir qu’à l’heure ardente de ce mois Le bois frais et touffu se serre autour de moi Et n’emplisse les mains de sucs et de verdure ; — Ah ! sentir sur son cœur s’abattre la nature ! Boire le miel léger des calices profonds Comme l’abeille d’or et les insectes font, Prendre pour vêtement quand la chaleur arrive, L’ombre qui se balance au gré des feuilles vives, Baiser l’air, goûter l’eau glissante, avoir le cœur Simple et chaud comme un fruit qui donne son odeur, Respirer librement sur les feuilleuses branches Le parfum des bourgeons et de l’épine blanche, Sentir le bois vivant se mêler à son corps Et mourir d’un si doux et si profond accord…