Tu t’éloignes, cher être

Anna de Noailles

Les Vivants et les Morts — 1913

Tu t’éloignes, cher être, et mon cœur assidu Surveille ta présence, au lointain scintillante ; Te souviens-tu du temps où, les regards tendus Vers l’espace, ma main entre tes mains gisante, J’exigeai de régner sur la mer de Lépante, Dans quelque baie heureuse, aux parfums suspendus, Où l’orgueil et l’amour halètent confondus ? À présent, épuisée, immobile ou errante, J’abdique sans effort le destin qui m’est dû. Quel faste comblerait une âme indifférente ? Je n’ai besoin de rien, puisque je t’ai perdu…