Orgueil en été

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

Cette belle fin de journée Entre en moi comme un hymne d’or, Je ne crains plus même la mort, Il me suffit que je sois née ! Un fervent orgueil tout à coup Gonfle de tendresse mes veines ; Une existence n’est pas vaine Quand le cœur est si haut, si doux ! L’arbre qui sent croître ses branches Doit goûter ce ravissement, Lorsqu’il voit le beau firmament Plus près de ses floraisons blanches. Mon cœur ce soir est un azur Où l’humain triomphe s’élance Je porte en moi toute ma chance Comme un flambeau puissant et pur. Et voici qu’en mon rêve éclate Ô Désir ! ton chant écarlate. Quel est mon souhait ? mon espoir ? La gloire entre mes bras se pâme. Être un rossignol qu’on acclame ! – Ah ! dans l’air doux quel encensoir, – Tous les héros passent ce soir Sous la porte d’or de mon âme…