À présent que j’ai bien connu

Anna de Noailles

Poème de l’amour — 1924

À présent que j’ai bien connu Ton visage calme et suave, Et, dans leur repos triste et brave, L’allongement de tes doigts nus, Comment voudrais-tu qu’autre chose Ne provoquât pas mon dédain ? Comment aimer encor la rose Vaine et fringante des jardins ? Comment goûter avec folie, Comme je faisais autrefois, Les grandes feuilles amollies Qui forment le dôme des bois ? Comment vanter l’azur ? Ah ! puis-je Chanter encor les vastes cieux, Moi qui chancelle du vertige De voir, dans le bleu de tes yeux, Le profond espace ! Le profond espace ! Ô prunelles Anxieuses, au fond desquelles Tournoie une noire hirondelle…