Interrogation (Peut-être puis-je encor, sans penser, contempler)

Anna de Noailles

Derniers vers (Anna de Noailles) — 1933

Peut-être puis-je encor, sans penser, contempler, Avec la douceur qu’ont les bêtes Dont le souhait jamais n’est sûr d’être comblé, La beauté des cieux sur ma tête. Peut-être, sans vouloir que tout serve à l’amour, Puis-je louer d’un œil candide La vanité pompeuse et naïve du jour, L’orgueil des cités sous le vide. Peut-être puis-je aimer d’un cœur indifférent Le sable et l’eau d’une calanque. — Qu’importe si, fougueux, musical, odorant, Le vaste univers me harangue ? Le jour à mon destin ne donne ni ne prend : Rien ne peut menacer un cœur à qui tout manque.