Canicule

Anna de Noailles

Les Forces éternelles — 1920

Le blanc soleil du plein été. De sa bouche au souffle argenté Poursuit sur la torride allée Des feuilles de rosiers brûlées. L’air papillotant de chaleur Semble arracher des étincelles Aux lourds feuillages que harcèle L’immense clarté sans couleur. Les voix des oiseaux se sont tues, L’espace semble agoniser ; Mais voici qu’elle vient danser, — Brusque sorcière inattendue, — La pluie alerte, ample, pointue, Sur tous les chemins harassés ; Puis elle se meurt ; l’étendue Disperse dans la paix du soir Cette calme odeur d’arrosoirs…