Ô printemps, jeune passion

Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir — 1927

Ô printemps, jeune passion Fraîcheur des vents, de la lumière, Souterraine exaltation, J’entends ta païenne prière ! Les oiseaux, dont le chant renaît, Et transperce le clair espace, Jettent des cris brefs et vivaces Comme des quatrains japonais. L’on sent que se débat sous terre, Dans un nombreux fourmillement, L’émulation printanière Au suave envahissement. Cette prestesse frénétique, Pleine de soins minutieux, Fait sous l’argile léthargique Un bruit d’étoiles dans les cieux ! — Mais, dans mon funèbre malaise, Je songe à ce potier persan Qui percevait parmi la glaise Les soupirs des os et du sang !