J’ai bien servi le dieu sacré de la parole

Anna de Noailles

L’Honneur de souffrir — 1927

J’ai bien servi le dieu sacré de la parole, Ma voix a réuni la raison et le chant Comme on voit la senteur mêlée à la corolle. D’autres cris sont plus beaux, mais non pas plus touchants ! Et cependant c’est vous, Musique, âme excessive, Dont le pouvoir s’affirme au-dessus, au-dessous De ce que l’homme exhale en syllabes pensives, Et seul votre mystère impérieux absout L’univers haïssable et sa faute native…