Surprise

Anna de Noailles

Les Éblouissements — 1907

Je méditais ; soudain le jardin se révèle, Et frappe d’un seul jet mon ardente prunelle. Je le regarde avec un plaisir éclaté ; Rire, fraîcheur, candeur, idylle de l’été ! Tout m’émeut, tout me plaît, une extase me noie, J’avance et je m’arrête ; il semble que la joie Était sur cet arbuste, et saute dans mon cœur ! Je suis pleine d’élan, d’amour, de bonne odeur, Et l’azur à mon corps mêle si bien sa trame, Tout est si rapproché, si brodé sur mon âme, Qu’il semble brusquement, à mon regard surpris, Que ce n’est pas le pré, mais mon œil qui fleurit, Et que, si je voulais, sous ma paupière close Je pourrais voir encor le soleil et la rose…